Mon petit zèbre ♥

by - 14:09

Il n’était pas trop dur.
Il n’était pas trop gâté.
Il n’était pas en phase de test.
Il n’était pas insolant.
Il n’avait pas JUSTE besoin d’un sport, d’un frère ou d’une sœur, ni d’être gardé par qui que se soit.

Nous n’étions pas trop souples.
Nous n’étions pas insuffisants.
Nous n’étions pas trop stricts.
Nous n’étions pas de mauvais parents.
Nous n’avions pas JUSTE besoin de le faire garder ou d’arrêter de le stimuler.

Il avait juste des caractéristiques et des besoins un peu différents des autres enfants.

Et je suis en colère... En colère parce que ça fait cinq ans qu’on nous juge à tour de bras... sur internet parce que j’ai osé lui proposer des choses de son niveau mais pas de son âge, et que je partageais ça avec les mamans qui me suivaient (j’ai grandement limité ces partages qui n’amenaient que jugements et diagnostics...), à l’école parce que « Lucas était peut-être trop stimulé » alors qu’on ne répondait qu’à un tiers de ses demandes, chez le médecin parce que Lucas voulait lire les affiches, savoir comment était fait le stéthoscope, posait des questions... c’était aussi à cause de nous car « vous êtes très souples quand même », dans notre vie sociale car « vous devriez essayer les fessées, ça ne va pas le tuer et au moins, là, il va comprendre »...

Non. Non. Et non. Je n’ai jamais écouté tous ces délires et mon dieu que j’ai bien fait de me faire confiance.

J’ai entendu tellement de choses hallucinantes depuis que j’ai décidé d’arrêter de faire comme si tout allait bien lorsque ça n’allait pas... j’ai refusé cette idée de ne partager QUE les bons moments, c’est tellement hypocrite et culpabilisant. Malheureusement, lorsqu’on reconnaît être en difficulté et qu’on est suivi par pas mal de gens, on reçoit autant d’amour que d’horreurs.

Malgré tout, j’ai décidé de parler de tout ça, sans en faire un tabou, quitte à ce que le message soit mal perçu, non pas pour "étaler" les capacités de mon fils (parce que clairement, ça change quoi qu’il sache lire ou compter ? Ça change quoi pour qui ? Il reste des gens qui en sont encore là ? Vraiment ?), mais pour essayer d’aider la maman ou le papa complètement paumé comme nous l’étions, qui passerait par ici. Je ne veux pas non plus devenir le porte-parole de la précocité intellectuelle ou de la surdouance, de l’hypersensibilité sensorielle ou de l’hyperactivité... ni même devoir effectuer des diagnostics en messages privés (je commence déjà à recevoir ce genre de requêtes, et ça, pitié, non... je n’y répondrai pas), je ne suis pas là pour ça, je suis maman et blogueuse, pas psychologue. Je vous parle de notre parcours de parents, comme je l’ai toujours fait depuis la naissance de Lucas.

Je parle aussi de ça pour rappeler à quel point c’est compliqué de rendre un enfant -qui a des besoin un peu différents- heureux, à quel point on peut se sentir dépassé, insuffisant, à côté de la plaque... ça n’a rien d’un trophée, d’un grade ou d’un statut... c’est fabuleux d’avoir un enfant HPI, mais c’est tout autant difficile et déstabilisant. À chaque secondes. 

Je parle aussi de ça pour vous partager nos petites solutions, celles qu’on a trouvées et/ou qu’on trouvera au fil du temps... ma démarche est positive, n’y voyez rien de tordu, ça serait dommage, mais c’est vous qui voyez, je ne compte pas me battre et je me fous de ce qu’on en dira.

Pourquoi et quand avons-nous commencé à nous poser des questions.

Très très très tôt, deux choses sont ressorties : son regard très perçant et son hypersensibilité sensorielle (qui n’est pas liée à un trouble du spectre autistique).

A quelques mois à peine, nous ne pouvions plus monter nous coucher car une cheville qui craquait le réveillait... véridique. Il y a ceux qui entendent bien, et il y a Lucas... ensuite, un enchaînement de choses : besoin et envie de tout savoir, connaître, apprendre, maîtriser, une sensibilité exacerbée, de grandes difficultés pour s’exprimer (il n’a vraiment commencé à parler qu’à partir de 3 ans), un sommeil en mouvement quasi permanent (il se balance dans son lit EN CONTINU depuis qu’il a... 6 mois ?) et compte, chante, pense à voix haute, une alimentation compliquée, vraiment très compliquée car tout ou presque lui soulève le cœur, des chagrins inconsolables, un décalage de plus en plus évident avec les autres enfants, des émotions impossible à contrôler qui prennent une ampleur folle, un désintérêt quasi total pour les enfants de son âge (il évolue à côté d’eux, mais pas avec eux - c’est un peu mieux cette année), une mémoire déboussolante, un enfant qui aime, déteste, ri, pleure, hurle si fort, si fort, une pensée "en arborescence", il parle d’Holly pour finir sur un glissement de terrain... il est le petit être le plus complexe que je connaisse. Mais aussi le plus riche, le plus précieux, le plus passionné, le plus intense. Il est intense. Il est formidable et attachant, drôle, malin, très observateur, il a de la répartie comme personne, c’est un généreux, un enfant juste et mon dieu que je l’aime... comme il est !

Notre démarche s’explique de la façon suivante : il a CERTAINS besoins/comportements différents des autres enfants, nous l’avons constaté seuls. C’est une donnée que nous avions déjà intégré depuis longtemps, seulement, la société fonctionne d’une certaine manière. Qu’on le veuille ou non, il y a des codes. Je ne parle pas d’entrer dans des cases, mais d’avoir un comportement adapté malgré ses propres caractéristiques. J’ai besoin d’aide pour mieux le comprendre et l’aider à gérer ce TROP de tout (car moi aussi, j’ai trop de tout). Il a le droit d’être ce qu’il est, sans devoir rendre de comptes à personne, mais nous, nous avions besoin de comprendre pour nous adapter au mieux et l’aider à se canaliser et à faire de ses """différences""" une force et pas quelque chose qui pourrait un jour lui nuire.

Nous avons consulté deux psychologues, la première juste avant la première rentrée scolaire, elle a été catégorique en une heure à peine : « c’est un enfant à haut potentiel, il a le profil complet du petit zèbre, et une hypersensibilité très marquée ». Je n’étais pas convaincue, j’ai refusé les tests parce que j’avais peur. Ça faisait plus de trois ans qu’on luttait pour tout, tout était difficile, tout était ressenti puissance 1000, les colères étaient incontrôlables, les moments de bonheur étaient d’une intensité à peine croyable. Tout était vécu à 300%. Hypersensible, impulsif, avec une tête qui ne s’arrête jamais. Il compte la nuit, il apprend le jour, il détourne des jeux ou il n’est pas possible de faire autre chose que de jouer pour s’en faire un outil de travail ! Mais malgré ça, j’avais la trouille.

Tout se passait plutôt bien à l’école, à la maison, c’était difficile, mais à l’école ça allait... je me suis donc dit que ça pouvait attendre.
Puis, deuxième année de maternelle, parfaite jusqu’au mois d’avril ou les choses ont commencé à être plus compliquées. Force est de constater que les choses n’allaient absolument pas dans le bon sens et que malgré les bouquins que je lisais, nous n’y arrivions plus... nous avons consulté une deuxième psychologue avec qui le courant est passé immédiatement. Elle nous a confirmés que le test serait un plus, qu’il permettrait de mieux comprendre son fonctionnement, de mieux répondre à ses besoins, d’adapter le travail de l’école et donc, de le rendre plus heureux.

Lors de ce premier rendez-vous, elle a réagi comme la première et a tout de suite vu ce qu’elle allait trouver en lui faisant passer le test, mais elle ne nous l’a dit qu’après et au second rendez-vous, il a passé son test en tête-à-tête avec elle.
Tout s’est très bien passé, il s’agit de jeux, de cubes, de tampons encreurs, d’images, de mots... rien de traumatisant, c’est un super moment pour un enfant qui adore le challenge comme lui puisque tout ou presque est chronométré ! Il a adoré.

Quinze jours plus tard, nous retournons la voir pour les résultats, elle nous annonce son quotient intellectuel tout d’abord (chiffre qui doit rester sur cette conclusion mais qui n’a aucun intérêt à être précisé ici ni même ailleurs), elle nous explique rapidement qu’il se trouve dans une zone qui correspond à 2% de la population (là, je prends une torgnole car 2% c’est peu, et ça fait peur) et que Lucas est un enfant à haut potentiel. Hpi, surdoué, EIP, c’est plus ou moins la même chose. Avec en bonus une hypersensibilité au delà du soleil.

Elle nous précise aussi qu’il faudra éventuellement passer des tests pour l’hyperactivité d’ici un an car elle note des comportements assez proches de cette autre caractéristique, mais qu’en un an, ça peut quand même changer.
Elle nous détaille chaque exercice en nous expliquant sa manière d’appréhender les choses, j’ai l’impression de pouvoir lire dans son cerveau et de mieux le comprendre. Elle nous encourage VIVEMENT à continuer de le nourrir intellectuellement "une plante qui n’a pas d’eau ne peut pas vivre, Lucas a soif d’apprendre". C’est plutôt clair.

Elle nous explique également qu’un enfant comme Lucas voit le monde s’écrouler 10 fois par jour, et que rien n’est de SA faute, il faut juste avoir toutes les données pour le comprendre et l’aider à gérer sa tête qui va très vite et tout ce qu’il perçoit.

Elle a noté en fin de conclusion que le saut de classe était nécessaire, nous avons rencontré l’école à ce sujet et nous préférons envisager le saut de classe un peu plus tard. C’est quelque chose qui nous fait peur, autant à Damien qu’à moi, il n’y a pas d’urgence, laissons les choses se faire et il sera bien temps d’adapter tout cela si l’année scolaire se complique.

Le plus important c’est qu’aujourd’hui, l’école est au courant et la maîtresse (qui lui donnait déjà du travail supplémentaire) peut le nourrir davantage, sans avoir peur de trop en faire.

Pour nous, c’est un peu plus clair aussi. Pas plus simple pour le moment, mais plus clair. On s’adapte, on essaie de comprendre tout ça, de réagir de la bonne manière lorsque tout nous échappe. On lit, on s’informe, on essaye, on observe...

Et lorsque c’est trop difficile, on se rappelle qu’on a la chance d’avoir un enfant en bonne santé, et ça réchauffe le cœur.

La suite du programme c’est de tester plusieurs petites choses qu’on nous a conseillé, je vous ferai évidemment un retour sur tout ça puisque j’ai décidé d’en parler. Les petites techniques, les activités sportives, les supports (jeux et livres), je vous raconterai tout au fur et à mesure.

Il faudra du temps pour qu’on réussisse à tout gérer à merveille, à l’aider à contrôler ses émotions, à lui donner toutes ces informations qui semblent vitales pour lui. On a le temps. On a la patience. On a l’amour.

Alors on y arrivera, j’en suis convaincue.

(Pour éviter d’être dépassée par les commentaires, je les ferme ici et je vous attends sur ma dernière photo Instagram, celle du relais de cet article).

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