Ce jour où il a levé la main sur un autre enfant...

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Je pense que vous l’avez compris, avec Lucas c’est intense. Tout est intense. J’en plaisante souvent pour dédramatiser les petits soucis du quotidien mais c’est loin d’être simple.
Je ne parle pas uniquement des bêtises, qui sont pour moi le lot de tous les parents. Je parle de ses réactions et de son comportement en règle générale.

Cette année, il a une maîtresse qu’il aime beaucoup et qui l’aime beaucoup. Il va à l’école facilement, il aime le fait que tout soit cadré : à 08h45 c’est l’appel, à 08h50 c’est la date, à 09h00 c’est le début des activités, à 09h30 on passe à autre chose, c’est un éternel recommencement.
Lucas adore ce côté-là de l’école car il a besoin de pouvoir anticiper l’activité suivante et de savoir, du réveil au coucher, tout ce qui va se passer, dans quel ordre, avec qui et comment.

Nous avons un très bon contact avec la maîtresse, elle me guide et me conseille beaucoup. Mardi, elle m’a dit "pas d’activité aujourd’hui, il a beaucoup travaillé, il a besoin de se reposer", jeudi "vous pouvez faire une activité avec lui après le goûter, ça lui fera du bien", la semaine d’avant "essayer d’aller marcher ou faire du vélo", et celle d’avant "laissez le s’ennuyer un peu, il faut qu’il apprenne à s’arrêter de temps en temps". Je sais qu’elle sait, elle est à son contact toute la journée et elle connaît, au moment où je le récupère, son état de fatigue, et ce dont il a besoin en fonction de sa journée d’école.

Elle sait aussi que je suis une maman extrêmement angoissée, qui prend tout à cœur, et elle m’aide, progressivement (parfois malgré elle) à le lâcher un peu. Pour faire bref, elle est parfaite pour lui et parfaite pour moi.

En gros, tout va bien à l’école même si à la maison, nous affrontons une petite tornade. Il a un besoin permanent de bouger, de réfléchir, de parler, d’apprendre... le jour, la nuit, tout le temps. Il est sensible, sensible à un point qu’on n’imagine pas. Il ressent tout, il réagit de manière intense à des petites choses qui nous semblent parfois anodines, il est tellement sensible que ça se ressent physiquement. Il sent la moindre odeur, entend le moindre son et ne supporte pas les bruits trop violents (aspirateur, mixeur, une moto dans la rue, des applaudissements...), lorsqu’il était petit, il pleurait et mettait ses mains sur ses oreilles, aujourd’hui ça se traduit différemment, il se tend, s’énerve, crie... il réagit également comme ça lorsqu'il perd, lorsqu’il ne comprends pas ou ne réussit pas, et lorsqu’il y a le moindre changement. Et malheureusement, hier, ils allaient en forêt. Il était content, mais il n’a pas pu écrire la date au tableau ni faire ses petits rituels qui doivent le rassurer...

Nous avons passé un weekend compliqué, comme souvent, et j’ai remarqué qu’il était nerveux lundi matin. Quand je l’ai récupéré à 16h00, la maîtresse m’attendait et m’a expliqué qu’il avait été puni plusieurs fois et surtout... qu’il avait levé la main sur un enfant, puis deux, puis trois... pour la toute première fois de sa vie. Elle m’a tout de suite dit qu’il s’agissait d’une "tape" sur le bras, mais pour moi, c’était la fin du monde. Je me suis effondrée (après le week-end et ces quatre années plus qu’intenses... l’école était le seul endroit où tout allait bien, de manière quasi invariable). Elle l’a fait rentrer en classe pour qu’il ne me voit pas comme ça et m’a dit qu’il ne fallait pas que je me rende malade non plus, qu’une discussion devrait suffire et que ça pouvait arriver... seulement moi, je suis comme Lucas. Intense. Sensible.

Je l’ai récupéré, nous avons beaucoup parlé, nous l’avons beaucoup écouté et nous l’avons aussi puni. Pour finir, nous lui avons dit que la première chose à faire le lendemain matin était d’aller présenter des excuses à ces trois enfants ainsi qu’à la maîtresse.

J’ai passé la soirée et la nuit à pleurer car j’étais dépassée. J’ai l’impression de ne pas vraiment réussir à le comprendre.
Puis j’ai tendu l’oreille... à 23h00 et je l’ai entendu reproduire ce qui s’était passé : "Maeva je vais te taper sur le bras pour voir si ça t’as fait mal - là, j’entends qu’il se tape lui-même le bras - oh pardon Maeva, je t’ai fait mal, je suis désolé, je voulais pas faire ça » et il finit par pleurer... autant vous dire que j’ai eu tellement mal au cœur que la douleur est devenue physique. J’ai parlé encore et encore avec lui, pour essayer de comprendre et je me rends compte que je suis face à quelque chose que je ne maîtrise pas. Je me sens impuissante. 

« Lucas, pourquoi tu as tapé ces trois enfants ? »
« Je ne sais pas »
« Tu étais en colère ? Qu'est-ce que tu ressentais ?»
« Oui, mais c’est parce que j’étais fâché » 
« A cause de quoi ? Pourquoi tu étais fâché ? » 
« Oui j’étais fâché comme le 2 janvier quand Holly a essayé de s’enfuir, le 2 janvier il n’y avait pas de neige, mais après il y a eu de la neige. La neige c’est l’hiver et là on est presque en été, et c’est l’heure d’été. Tu vois, il faisait encore jour quand je suis allé dans mon nouveau lit à cause de l'heure d'été, et Swan et Néo ils ont des beaux lits, moi j’aime bien Swan et Néo. Il sont grands et bientôt, moi je serai un grand et j’irais au CP maman ! »

Comment voulez-vous que je puisse revenir, à chaque fois, sur le sujet de base ? Il s’en éloigne, encore, encore et encore. Il part de la colère et la fin de sa phrase concerne Swan et Néo, la neige et le CP. Et c’est comme ça, à chaque explication.

Sur les conseils de notre médecin, nous avons consulté une psychologue spécialisée dans le comportement de l’enfant (surtout dans la précocité intellectuelle en fait) juste avant sa première rentrée scolaire, l'été 2016. Je n’en ai pas parlé, car internet est rempli de gens qui s’autorisent à juger, critiquer... et je n’avais certainement pas envie d’entendre un tas de conneries de la part de gens qui s’improvisent professionnels de l'enfant alors qu’ils ne sont rien du tout et qu'ils ne connaissent rien de notre vie. Mais croyez-moi, je préférerais que tout soit "classique" ça me permettrait de dormir la nuit.

Selon elle, après (seulement) trois consultations, c’est sans appel, il fait partie des enfants à "haut potentiel" mais moi, ça ne me suffit pas, ça ne m’aide pas, ça ne change rien à notre quotidien. Elle nous a dit que tant qu’à l’école, tout allait bien, il n’y avait pas d’urgence pour passer les tests qui déterminent le type de précocité et la personnalité de l’enfant. EN GROS, à la maison, tu te débrouilles ! On s’inquiétera quand ça arrivera à l'école.

Et en 2016, 2017 et début 2018, tout était quasiment ok à l'école.

J’ai donc enfoui ça dans le fond de mon crâne car ça me faisait vraiment peur. Notre quotidien a continué à être ce qu’il était : intense dans l’amour et la complicité entre nous trois, mais difficile. De plus en plus difficile malgré les livres, les différentes techniques, la bienveillance, les conseils à droite et à gauche. Rien de ce qu’on trouve ne fonctionne. 

Les jugements à la con ont commencé "tu lui fais faire trop de choses/tu le stimules trop/tu veux en faire un singe savant" alors que je ne fais QUE de répondre à la moitié de ses demandes. C’est ça qui me semble injuste, JE ne fais rien.

Malgré ça, il est adorable, gentil, drôle, intelligent, attentionné, c’est le plus incroyable des petits garçons. Mais il est explosif, impatient, intransigeant, il veut tout connaître, comprendre, savoir, jusqu’à l’épuisement. Il dort très mal et ne s’arrête pourtant jamais. Et aujourd’hui, tout ça commence à arriver à l’école alors qu’avant, ça s’arrêtait au portail.

Il ne suffit pas de le punir. J’ai l’impression qu’il ne fonctionne pas de cette manière et qu’il me manque quelque chose pour réussir à le comprendre.

Nous avions pris, en voyant les soucis arriver à l’école, rendez-vous chez une autre psychologue car la première (au-delà de m’avoir dit quelque chose que je me refusais d’entendre) me semblait trop "rapide" dans son "diagnostic", trop légère, trop sure d’elle. Elle nous a dirigé vers quelqu’un d’autre et nous avons rendez-vous au mois de mai, pour un rendez-vous puis pour un test (qui coûte une fortune et n'est pas remboursé au passage : entre 300 et 700€ les gars, il ne faut pas avoir de petits moyens sinon tu es foutu).

Aujourd’hui, je m’accroche à ça en espérant ressortir avec des clés, des directions à prendre pour réussir à mieux communiquer, à mieux le comprendre et à l’apaiser tout en le "nourrissant" suffisamment car il en a besoin, il a besoin d’être dans l’action, l’apprentissage, la découverte...

Pour être honnête, je me FOUS du mot qu’on mettra là-dessus (s'il y a un mot, il n'y aura peut-être rien et c'est ce que je souhaite). Mais vraiment. Du plus profond de mon cœur. EIP, haut potentiel, hyperactif... je m’en cogne. Je ne pars pas à la recherche d’un titre ni d’un trophée, je veux juste qu’on nous aide à le comprendre pour qu’il soit heureux, à 100%. Je donnerai tout pour son bonheur.

Dites-vous bien que si je pouvais choisir, il ne saurait pas lire et serait plus facile à comprendre, plus souple et moins en colère.
Alors pitié, les professionnels autoproclamés (uniquement) gardez vos réflexions et vos jugements... on est en apnée lorsque "ça va", on a même remis en cause le "diagnostic" de la psychologue tellement on a peur d’être face à ce qu’elle a soulevé. Avoir un enfant précoce, SI c’est réellement notre cas, ce n’est pas un cadeau, ce n’est pas facile, ce n’est pas un trophée qu’on expose fièrement. C’est un quotidien de doutes, de course permanente, c’est un enfant qui ne pardonne ni l’erreur ni l’approximation, c’est un sentiment de ne jamais être à la hauteur, c’est la peur de se tromper et de perdre sa confiance... Alors oui, à côté de ça on a un enfant entier, drôle, juste, passionnant et passionné, un enfant qu’on aime à en crever. Mais je préférerais ne pas devoir me poser autant de questions.

Cet article n’a pas vraiment de sens, je n’attends pas de vous un diagnostic. Les conseils ont déjà tous été testés, je crois qu’il nous manque simplement une pièce du puzzle... parce que j’ai eu peur et que j’ai préféré rester dans mon déni plutôt que d’affronter ce maudit test. Je m’en veux beaucoup. Je voudrais faire mieux, faire plus, répondre à tous ses besoins et surtout, je voudrais qu’il se sente bien, plus en colère, et qu’il réussisse à prendre, ne serait-ce que le temps de respirer. 

Je parle souvent de mes petits bonheurs, de notre cocon, parce que même si c'est souvent dur, on est heureux, épanouis, et reconnaissants. Mais je crois que c'est bien, parfois, de dire quand ça ne va pas... ça va à l'encontre de ce qu'on trouve sur les réseaux, mais moi, je ne suis pas actrice dans un film, c'est de la VRAIE vie dont je vous parle.

Et pour finir, vu qu'on est déjà heureux, je me dis qu’après, quand on aura les bonnes clés, ça sera le paradis ❤️ Courage à nous et courage à vous, si vous êtes paumés, dépassés, fatigués. On va y arriver, j'en suis convaincue.

Si vous voulez m’écrire, je vous attends sous mon post Instagram : @leblogdelaura

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